Pouvez-vous nous présenter votre commune en quelques mots ?

Réalmont est une petite ville située en Occitanie, au cœur du Tarn et à égale distance d’Albi et Castres. Sa place centrale dans le département fait d’elle une composante importante de la Communauté de Communes Centre-Tarn et lui confère un certain rayonnement. C’est une ville féminine, humaine et accueillante : on la surnomme d’ailleurs « La Charmante » et ça lui convient parfaitement. Elle porte en elle la culture de la ruralité et le goût de la proximité. Elle offre à ses habitants un réseau de commerces et d’artisans de premier plan, un accès direct et de grande qualité à l’éducation, à la santé et à la culture sous toutes ses formes, ainsi qu’un tissu associatif dense et diversifié. C’est une ville où « qualité de vie » n’est pas un vain mot ; une illustration du « bien vivre à l’occitane » …

Qu’est-ce qui vous a amené à vous présenter pour siéger au Conseil municipal ?

Mon engagement politique est très récent : il a pris source dans mon opposition à un projet porté par la municipalité et un opérateur privé national, que j’évaluais comme impréparé et mal dimensionné, hasardeux, financièrement risqué, court-termiste et surtout vide de sens… Ce projet n’obéissait qu’à des logiques foncière et financière et s’avérait totalement déconnecté des réalités et des ressources de notre territoire. Quelques mois après, j’ai été sollicitée pour rallier une liste d’opposition au maire sortant et l’aventure a réellement commencé. Elle a d’ailleurs commencé par une défaite électorale…

Aujourd’hui, je suis conseillère municipale de la « minorité d’opposition » pour reprendre les termes de notre Maire. Depuis le début de cette mandature, j’essaye – à mon échelle et avec mes moyens — d’exercer mon mandat avec responsabilité, application, rigueur, transparence et le souci constant de l’intérêt général ; toujours dans le respect des personnes, du Droit et de nos valeurs républicaines. J’essaie « d’être un bon ancêtre pour les futurs Réalmontais » pour plagier Roman Krznaric !

Comment le Maire et sa majorité respectent vos droits d’élus minoritaires ? Le cas échéant, qu’avez-vous entrepris pour un meilleur respect de ces droits ?

A Réalmont, notre problème est moins de faire respecter nos droits d’élus minoritaires que de faire respecter le Droit tout court. Et c’est un combat âpre, constant ; souvent consternant et parfois désespérant. Nous évoluons de fait dans un système quasi monarchique : les formules ont changé bien évidemment mais l’esprit reste. « Dans ma commune, c’est moi qui suis en responsabilité » a désormais remplacé le royal « L’Etat, c’est Moi ». On entend ainsi constamment des formules toutes faites qui se veulent des arguments : le « Moi, je connais mes administrés » en est une illustration toute paternaliste. Quant aux fameux « J’ai été élu pour décider » et « Choisir, c’est renoncer », ils sonnent en général le glas de tout débat démocratique !

Dans ce système, la Loi elle-même est mise à mal : elle est interprétée, aménagée, recombinée voire parfaitement ignorée. Nos droits d’élus minoritaires ne pèsent donc pas bien lourd ! Le déséquilibre des forces en présence est réel et il se traduit de manière violente : caricature des propositions des élus d’opposition, moqueries, bipolarisation stérile des débats, tentatives de déstabilisation, provocations théâtralisées, pertes de contrôle régulières, mépris et dédit. Il est par exemple arrivé à notre Maire de nier publiquement une information qu’il avait lui-même transmise par courriel quelques jours plus tôt ! Tout ça fut une découverte. Comme être apostrophée par mon seul nom propre ; ou essuyer en commission la virile colère du Premier Magistrat de notre commune assortie de quelques remarques sexistes : les biens connus « Oh, vous, les femmes … ».

Alors comment faire respecter ses droits quand le Règlement Intérieur n’est délibérément pas appliqué ? Quand le Premier Adjoint assène, péremptoire, qu’un « Conseil Municipal n’est pas un lieu de débat » ? Quand les commissions municipales sont remplacées par des groupes de travail sans représentation de l’opposition ? Quand l’accès aux documents financiers est empêché ? Quand la sérénité des échanges est mise à mal par celui-là même qui devrait la garantir ? Quand le bulletin municipal réécrit l’Histoire ? Quand les procès-verbaux de Conseil Municipal éludent les interventions ou réattribuent les propos ? Ou quand un Maire annonce que ce sont les services de la Préfecture qui lui ont demandé de ne pas appliquer les termes d’une circulaire par exemple ?

Nous essayons seulement de faire au mieux à Réalmont ! Et de se saisir de tout… Faire respecter ses droits, c’est d’abord les connaître et exiger leur pleine et entière application, sans transiger ni négocier. C’est remettre chacun face à son mandat et sa responsabilité, de manière systématique. C’est par exemple refuser sans ambages la convocation d’un Maire qui veut vous rencontrer pour « caler avec vous un modus vivendi » : autrement dit vous museler et s’assurer votre docilité. C’est aussi signifier clairement ses désaccords, dénoncer les manquements coupables et requérir les arbitrages préfectoraux si nécessaires. Sans jamais perdre de vue qu’il s’agit de l’intérêt des Réalmontais. Cela nécessite également d’essayer de se hisser à la hauteur de son mandat : écouter ses concitoyens, les informer et leur rendre compte, partager, communiquer, expliquer le sens de son vote, connaître les dossiers et préparer les instances, se former, lire, questionner les personnes ressources, apprendre et apprendre encore. Même dans la minorité d’opposition, un élu reste un élu : à la fois porte-voix et voix qui porte.

Quels services de l’AELO avez-vous utilisés ? Que vous ont-ils apportés ?

Désormais en connaissance du contexte réalmontais, vous comprenez bien que c’est un euphémisme de dire que nous avons surexploité les services et ressources de l’AELO ! En premier lieu, l’association est une réassurance. La capacité à douter et à questionner les faits est pour moi le signe d’un élu disponible et pertinent. Mais le manque d’expérience peut paralyser et il est salutaire de pouvoir prendre conseil et recueillir des informations fiables, neutres et étayées.

L’AELO est ensuite un lieu d’apprentissage, d’échange et de formation. Devenir élu est un processus passionnant certes, mais long et parfois difficile. C’est là que l’association prend tout son sens et devient un partenaire incontournable : il ne s’agit pas ici d’une normalisation des idées ou d’un outil de reproduction d’une pensée unique mais bien d’une aide à la construction de son propre positionnement et à la production d’un avis personnel et éclairé.

Enfin, et lorsque l’action publique verse dans le contentieux, l’AELO est une aide précieuse et soutenante dans les procédures de saisine. Il arrive même qu’elle partage notre satisfaction de recevoir un avis favorable de la CADA !